[Un jour, une espèce] Le Merle noir

Jeudi 19 mars, troisième jour de confinement, il nous reste quelques oiseaux !

Comme il faut bien s’occuper, je vous propose aujourd’hui de vous envoler avec un oiseau plutôt commun : le Merle noir Turdus merula.

Attention : comme hier une erreur malencontreuse s’est glissée dans le texte, saurez-vous la trouver ? (Hier l’erreur était la Mésange azurée, qu’on ne trouve qu’en Russie au-delà de l’Oural évidemment on ne la voit pas dans le Pas-de-Calais).

Le merle tient son nom du latin merula, qui devient par la suite merulus et enfin merle en français, merlo en italien et en anglais blackbird.

« Sur la pelouse du parc, l’oiseau familier vaque à ses affaires sous les yeux des passants ; perché sur la cheminée ou le toit de la maison, dans un arbre de l’avenue, il régale les citadins de ses sifflements inspirés. » P. Géroudet

Le Merle noir est classé dans la famille des Turdidés comme les grives… (Le classement scientifique des espèces a été réalisé par le français Buffon dans les années 1700, il est régulièrement révisé en particulier avec les progrès de la génétique).

Dans le Pas-de-Calais nous croisons très régulièrement le Merle noir. De façon plus exceptionnelle nous pouvons voir, plutôt au printemps, sur les terrils par exemple, le Merle à plastron qui arbore sur la poitrine un magnifique croissant blanc. D’autres oiseaux ont été appelés longtemps merles, le Merle de roche et le Merle bleu, appelés tous les deux maintenant Monticole, Monticole bleu et Monticole de roche. Le merle n’est donc pas forcément noir ! D’ailleurs le Merle d’Amérique a une coloration proche de celle du rouge-gorge. Il existe même des merles blancs ! Pourtant réputés introuvables, ce sont simplement des Merles noirs albinos. Quelques Merles noirs ont aussi des plumes blanches, c’est qu’ils sont atteint de leucisme, soit un déficit de cellules pigmentaires. Même s’il est commun, prêtez-lui quand même attention, vous pouvez avoir des surprises.

Le Merle noir vit partout : forêts, bois, parcs, jardins… Les populations du nord de l’Europe migrent quelques fois chez nous quand les hivers dans leur pays de reproduction sont rigoureux. Nous voyons donc plus de merles l’hiver que l’été. Il est peu farouche et dès le mois de février il se poste souvent en hauteur pour nous enchanter de jolies mélodies tranquilles, claires et puissantes, même si quelques notes bruissantes s’intercalent. Son chant ressemble à un sifflement humain. Il chante avant l’aube jusqu’en juillet.

Il fait partie du groupe des opportunistes, il mange donc un peu de tout, vers de terre, insectes, baies…

Il niche dans des arbustes ou des arbres et il construit un nid en coupe.

Les Merles noirs se rassemblent quelque fois l’hiver en grands dortoirs dans des espaces boisés. Dormir en groupe lui permet résister au froid hivernal. En une nuit froide il peut perdre 4 grammes !

Pour un animal qui pèse une centaine de grammes, c’est considérable. Comme il ne se déplace pas quand la température est négative, il fait des réserves de lipides qui lui permettent de ne pas se nourrir pendant plusieurs jours. L’ornithologue Biebach a pesé 6000 merles avant et après l’hiver, en novembre le poids moyen était de 103 g et en mars 88 g.

En période de reproduction les jeunes sont nourris environ 30 fois les premiers jours, pour arriver à 110 fois par jour en fin de nourrissage. Tout y passe : lombrics, arachnides, cloportes, mille-pattes, courtilières et autres Orthoptères… mais aussi des fruits (cerises, myrtilles, cynorrhodons…). Les lombrics représentent environ 60 % du régime.

Le Merle noir est dans le Pas-de-Calais un oiseau commun et abondant. Il ne semble pas menacé. Les causes de mortalité sont cependant nombreuses : collision avec des véhicules, intempéries, et comme nous sommes en France le merle est chassé !  En milieu boisé le Merle noir fait partie des principales proies de la Chouette hulotte. La pression de prédation exercée par les chats, les corvidés et les buses peut être très forte. Des études ont montré que certaines populations ne se maintenaient que grâce à une immigration constante.

Plus grave encore les Merles souffrent comme nous de nouvelles maladies. Le virus Usutu touche surtout des espèces de passereaux  (merle noir, mésanges, moineau domestique, rouge-gorge, étourneau sansonnet) et quelque rapaces (dont des chouettes ). En Europe, c’est le Merle noir qui semble en être la principale victime (par centaines voire milliers par foyers lors des pics d’épizootie). Il est extrêmement important de nettoyer régulièrement mangeoires et abreuvoirs.

Nous pouvons bien entendu l’aider, l’hiver, en mettant à sa disposition des vieux fruits ou du riz cuit (sans sel bien sûr, le sel est un poison pour tous les oiseaux !). Pour éviter que les passereaux ne mangent trop de cerises, vous pouvez mettre de l’eau au pied des arbres, évitez de mettre des filets en plastiques qui sont de véritables pièges à oiseaux.

https://cdnfiles1.biolovision.net/www.oiseauxdesjardins.fr/userfiles/Fichesespces/FicheespceMERLEN.pdf

Sources : Guide ornitho, La mystérieuse histoire du nom des oiseaux de Henriette Walter, les Passereaux d’Europe de Paul Géroudet, Oiseau.net.

A demain avec un autre volatile, portez-vous bien

Jean François

L’erreur venait de l’inventeur de la classification des espèces qui n’est pas Buffon mais son contemporain suédois Linné. Aujourd’hui, c’est plus facile !

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