[Un jour, une espèce] Le Geai des chênes

Lundi 13 avril, vingt-huitième jour de confinement. Les fourmis et moi, nous activons dans le jardin. Il nous reste quelques oiseaux !

Comme il faut bien s’occuper, je vais vous proposer de vous envoler aujourd’hui avec un oiseau guetteur : le Geai des chênes Garrulus glandarius.

Attention : comme hier une erreur malencontreuse s’est glissée dans le texte, saurez-vous la trouver ? (l’erreur d’hier : il n’y a jamais eu de Perruche à collier aux îles Tonga).

Le nom Geai des chênes vient du nom propre Gaius en latin, ce nom était donné aux bavards. Quant au mot chêne, il vient du fait que le geai consomme beaucoup de glands. Son nom scientifique « garrulus »=gazouilleur « glandarius »=glands. Le geai est donc bavard et grand mangeur de glands. En Allemand Eichelhâher « Eiche »=chêne, en anglais jay, vient du français, en espagnol arrendajo vient de « remedar »=imiter et en italien ghiandaia vient de gland.

« En lisière du bois, un oiseau de la taille d’un Pigeon s’est envolé, puis a disparu dans un arbre en lâchant un cri traînant et rauque ; la tache blanche du croupion et la queue noire, un peu de blanc aux ailes, c’est ce qu’on voit le plus souvent du Geai. » Géroudet

Le Geai des chênes fait partie de la famille des Corvidés, il est donc omnivore. Il vit dans les milieux boisés, même en ville dans les grands parcs. Il est sédentaire (certains hivers très froids, des geais de l’est de l’Europe viennent chez nous) et a besoin de glands pour passer l’hiver, il en cache un peu partout, ce qui contribue à la diffusion du chêne. Très farouche, il crie dès qu’il repère notre présence. Il a un très beau plumage, dans les bruns rosés, des moustaches noires, des plumes bleues rayées de noir, une longue queue, un croupion blanc et en vol ses ailes sont très rondes.

Le geai est inféodé au chêne, dont les glands constituent la plus grande partie de son alimentation, même s’il consomme également : faînes, noisettes, cerises, pommes, petits pois dans les champs en bordure de bois, insectes, chenilles, escargots et aussi, plus rarement, quelques œufs ou quelques oisillons… Il cueille les glands directement sur l’arbre, ou à la mauvaise saison les ramasse au sol. Il les stokes dans sa cavité buccale et son jabot, part un peu plus loin pour les régurgiter et les consommer ou les enterrer, afin de les retrouver dans les temps difficiles. Il enterre beaucoup plus de glands, de noisettes ou de faînes… que ce qu’il consomme, il contribue ainsi à l’extension des zones boisées et tient un rôle important dans leur régénération. Le terril de Ferfay dans le Pas-de-Calais, proche du bois de St Pierre, s’est ainsi complètement végétalisé naturellement, et ce en à peine soixante ans, l’exploitation de la mine de Ferfay s’est terminée à la fin des années cinquante (il a sans doute été aidé dans cette tâche par d’autres espèces, comme l’écureuil ou la sittelle par exemple).

Le Geai cajole, c’est comme ça que l’on qualifie son chant. Il est de loin le meilleur chanteur des corvidés, même si ce n’est pas trop difficile. On l’entend souvent sonner l’alarme quand il détecte notre présence ou la présence d’un autre prédateur. Mais le Geai des chênes a aussi un incroyable talent, pour paraphraser une émission de télé. Le geai est imitateur, il miaule comme une buse, hulule comme le Moyen duc, aboie quand il voit un chien et imite encore d’autres bruits ou d’autres animaux.

Dès mars, le geai pense à perpétuer l’espèce. Il parade, vole bruyamment avec quelques congénères, le mâle hérisse sa huppe, exhibe le miroir blanc de ses ailes et son croupion. La femelle étale au sol ses ailes frémissantes et relève la queue et le croupion… En avril, le couple construit le nid, souvent assez haut, le nid est plutôt gros 40 cm de diamètre, la coupe fait 12 cm de diamètre et il est profond de 7 cm. Seconde quinzaine d’avril, la femelle pond 5 ou 6 œufs, gris vert, tachetés de petit points fins et bruns. La femelle seule couve. L’incubation dure 17 jours. Après l’éclosion le couple nourrit pendant une vingtaine de jours. Les jeunes sont indépendants vers 7 semaine. Presque 60% de la nourriture des petits est constituée de chenilles. Les nids sont fréquemment détruits : Ecureuils roux, Homme (l’espèce est toujours considérée comme nuisible – je parle du geai -), d’autres geais aussi. Adulte, le principal prédateur du Geai des chênes est l’Epervier d’Europe, mais aussi la Chouette hulotte, le Faucon pèlerin… La durée de vie moyenne d’un Geai des chênes est de 16 ans.

Le Geai des chênes n’est pas menacé et relativement commun. On le trouve de plus en plus souvent dans les grands parcs urbains. Toujours considéré comme ESOD (Espèce Susceptible d’Occasionner des Dégâts) pour les dégradations qu’il porte aux cultures ? Il est donc toujours tiré (en Belgique le geai fait partie des espèces protégées). Il faudra bien un jour en France se pencher sérieusement sur cette notion de nuisible, en dehors du lobbying des chasseurs, et avoir une position raisonnable et intelligente sur ce problème.

Vous pouvez aider et attirer le geai en ayant dans votre jardin des chênes ou d’autres arbres à baies et à fruits. Le Geai des chênes peut également venir aux mangeoires l’hiver (si elles sont dans un coin tranquille) attiré par les graines ou la graisse mises à disposition.

Ps dans l’album Marlaguette, pour les enfants, il y de superbes illustrations de geai et de plein d’autres animaux de la forêt.

https://cdnfiles1.biolovision.net/www.oiseauxdesjardins.fr/userfiles/Fichesespces/FicheespceGDC.pdf

Sources : Guide ornitho, La mystérieuse histoire du nom des oiseaux de Henriette Walter, les Passereaux d’Europe de Paul Géroudet, Oiseaux.net.

Crédit photo : Christophe Deswartvaeger, Serge Larivière, Didier Plouchard, Aurélie Delaval

A demain avec un autre volatile, portez-vous bien.

Jean François

Erreur: le geai miaule mais n’aboie pas, même quand il voit un chien.

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