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[Un jour, une espèce] Le Gobemouche gris

Samedi 11 avril, vingt-sixième jour de confinement. En avril ne te découvre pas d’un fil ? Dicton de vieux… incompréhensible de nos jours. Il nous reste quelques oiseaux !

Comme il faut bien s’occuper, je vais vous proposer de vous envoler aujourd’hui avec un oiseau africain : le Gobemouche gris Muscicapa striata.

Attention : comme hier une erreur malencontreuse s’est glissée dans le texte, saurez-vous la trouver ? (l’erreur d’hier : la Grive musicienne ne fait pas la roue avec sa queue).

Le Gobemouche gris mange des mouches c’est simple. En allemand c’est Schnäpper=attrapeur en anglais flycatcher fly=mouche et to catch=attraper, en espagnol papamoscas de papar=avaler, moscas=mouche et en italien pigliamosche de pigliare=attraper mosche=mouche. Tout le monde est d’accord, mais en France on se pose plein de question sur l’orthographe du gobe-mouche (avec ou sans s à mouche) ? Dans la classification on colle tout et on n’en parle plus.

Avec le Gobemouche gris, on parle d’une famille que l’on n’a pas encore citée, les Muscicapidae (insectivore percheur). Ce grand migrateur est un petit oiseau au-dessus brun gris, le dessous beige, la poitrine délicatement striée de brun et une calotte brune striée de beige. On peut le voir l’été dans les parcs, les jardins et les bois. Il hiverne en Afrique.

« S’il existe un oiseau qui éveille peu la curiosité et l’intérêt, même superficiels, c’est bien ce Gobemouche avec son plumage gris souris qui tourne au blanc sale sur la gorge et le ventre. » Jacques Delamain

Quand en juin on se promène dans un parc, on remarque facilement le merle, le rouge-gorge ou la mésange. Mais si on lève les yeux à cime des arbres on peut voir en vol acrobatique le Gobemouche gris qui chasse les insectes en poussant quelques fois un petit cri aigu mais discret « tsrii.. ».

Les Gobemouches gris sont presque exclusivement insectivores. Sur le guide ornitho, on compte huit espèces de gobe-mouche. Dans le Pas-de-Calais, on en rencontre deux, le gris et le noir qui viennent chez nous pour se reproduire. Tous sont d’excellents chasseurs, ils se postent à l’affût à la cime d’un arbre, en général sur une branche morte, (ou sur un fil électrique) et guettent l’insecte de passage. Ils l’attrapent promptement en vol, reviennent se reposer à la même place et se remettent aux aguets et ce à longueur de journée. Tout y passe : Diptères bien sûr (plus de 35 % de leur alimentation), mais aussi Hyménoptères, ichneumons (encore un drôle de mot, je vous laisse chercher…), bourdons, Coléoptères, Névroptères… A l’occasion le Gobemouche gris consomme également quelques baies, sureau ou chèvrefeuille… On en voit fréquemment dans le très beau parc de Saint-Omer (refuge LPO), en bas près des douves, ils nichent dans le lierre touffu des remparts, levez les yeux.

Le saviez-vous ? Le Gobemouche gris, comme votre chat, a des vibrisses à la base du bec, celles-ci l’aident à capturer les insectes. D’autres oiseaux ont la même particularité : les martinets, les hirondelles et l’engoulevent par exemple.

Grands migrateurs (jusqu’en Afrique du sud, plus de 11 000 kilomètres, c’est pas mal pour un oiseau qui pèse une quinzaine de grammes), les Gobemouches gris sont parmi les derniers à arriver en France au printemps, on ne les voit chez nous qu’en mai. Et dès la mi-août ils commencent à repartir, vers les contrées lointaines où ils passent l’hiver, le 15 septembre on ne les voit plus.

Dès leur arrivée, les couples se forment, monsieur gobe-mouche fait l’offrande de quelques insectes à madame, elle l’accueille avec l’attitude convenue d’un oisillon attendant la becquée. Ensuite il se met à la recherche d’un site idéal pour construire le nid. L’emplacement est très variable, les gobes-mouche ne sont pas difficiles. C’est madame qui construit un petit nid, plutôt fragile avec des radicelles, du lichen, des toiles d’araignées… la coupe est garnie de plumes, de poils, de mousse… Quatre ou cinq œufs sont pondus, blancs verdâtres, tachés au gros bout de brun rouge, le poids d’un œuf est de 10 grammes. La femelle couve et le mâle nourrit la couveuse. Deux semaines plus tard les œufs éclosent. Démarre alors pour le couple, le travail de forçat qu’est le nourrissage des petits, jusqu’à près de 600 insectes amenés par jour aux oisillons affamés. Après une quinzaine de jours, les jeunes gobes-mouches quittent le nid. Ils sont encore nourris quelques temps par les parents. Une seconde couvée est fréquente.

Le nid est souvent prédaté par les geais, les écureuils ou les chats. Malgré ça, plus de 80 % des jeunes gobes-mouches prennent leur envol. La durée de vie d’un gobe-mouches est de cinq ans en moyenne, mais il peut vivre jusqu’à 9 ans.

Les Gobemouches gris nichent principalement en France (il est particulièrement présent dans les Hauts de France), en Belgique et en Suisse, les densités en Europe sont bien moins importantes dans les autres pays. La France a donc une responsabilité importante dans la conservation de l’espèce. Pourtant, encore une fois, l’exploitation commerciale des zones boisées, le déboisement en général et l’emploi de pesticides en agriculture… Nous avons perdu 70 % de nos insectes ! Tout cela fait que le Gobemouche gris est en déclin important chez nous. La dégradation des biotopes en Afrique est aussi un souci important pour l’espèce.

Pour aider les Gobemouches gris, aidez les insectes, en semant des plantes mellifères et toutes sortes de fleurs attirant les bestioles ailées : cosmos, gypsophile, malope, nigelle, bleuet, calendula, coquelicot, lin, niger, tournesol… en plus les graines nourriront les oiseaux cet hiver. Vous pouvez également installer des hôtels à insectes (que vous pouvez fabriquer avec les enfants !) Il arrive que les gobes-mouches utilisent pour nidifier les nichoirs semi ouverts s’ils sont placés à bonne hauteur (4 mètres) avec une vue bien dégagée.

https://cdnfiles1.biolovision.net/www.oiseauxdesjardins.fr/userfiles/Fichesespces/FicheespceGG.pdf

Sources : Guide ornitho, La mystérieuse histoire du nom des oiseaux de Henriette Walter, les Passereaux d’Europe de Paul Géroudet, Oiseaux.net.

Crédit photo : Didier Plouchard. Christophe Deswartvaeger, Serge Larivière, Simon Guegaden, Jean-François Hurtevent

A demain avec un autre volatile, portez-vous bien.

Jean François

L’erreur est la suivante: l’œuf du gobe-mouche ne pèse pas 10 g mais 1,8 g en moyenne

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